Pourquoi les histoires des femmes méritent-elles d’être racontées ?
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Pendant des siècles, les femmes ont vécu, travaillé, créé, aimé, combattu, élevé des enfants, transmis des savoirs et changé le monde. Pourtant, lorsque l’on raconte l’Histoire, leurs noms et leurs récits occupent encore souvent moins de place que ceux des hommes.
On connaît les grandes guerres, les grands dirigeants, les inventeurs, les artistes et les philosophes. Mais combien de femmes ont participé à ces mêmes événements sans que leur histoire soit racontée ? Combien de vies extraordinaires sont devenues des vies anonymes simplement parce qu’elles n’ont pas été écrites, photographiées ou transmises ? Et si raconter les histoires des femmes était aussi une manière de reprendre leur place dans l’Histoire ?
Les femmes ont toujours eu des histoires à raconter
Pendant longtemps, les femmes ont été moins présentes dans les récits historiques officiels. Leur rôle était souvent raconté à travers celui d’un homme : épouse de, fille de, mère de, sœur de. Pourtant, derrière ces statuts se trouvaient des femmes avec leurs propres ambitions, leurs peurs, leurs rêves, leurs combats et leurs choix. Des femmes ont participé aux mouvements sociaux, résisté, créé des entreprises, fait avancer les sciences, écrit des œuvres majeures, défendu leurs droits et transformé la société. Certaines sont aujourd’hui connues, mais combien d’autres n’ont jamais eu leur nom dans un manuel d’Histoire ?
Le féminisme nous a notamment appris l’importance de rendre visibles ces expériences, parce que raconter l’histoire d’une femme, ce n’est pas seulement raconter son passé, c’est reconnaître qu’elle a compté. Et je crois profondément que cette idée ne concerne pas uniquement les femmes célèbres. Elle concerne aussi votre mère, votre grand-mère, votre sœur, votre amie et vous.
La force des histoires que nous nous transmettons entre femmes
Il existe quelque chose de profondément puissant dans le fait qu'une femme raconte son histoire à une autre. Une jeune femme peut découvrir qu’une difficulté qu’elle pensait être la seule à vivre a déjà été traversée par sa mère. Une grand-mère peut transmettre une leçon qu’elle a mis cinquante ans à comprendre. Une amie peut raconter une expérience qui permettra à une autre femme de se sentir moins seule.
C’est cela, aussi, la sororité : comprendre que nous pouvons nous soutenir, nous transmettre nos expériences et apprendre les unes des autres. Nous n’avons pas toutes vécu les mêmes choses. Nous n’avons pas les mêmes parcours, les mêmes origines, les mêmes rêves ou les mêmes difficultés. Mais nos histoires peuvent se répondre.
Une femme qui raconte son divorce peut aider une autre femme à comprendre qu’elle a le droit de recommencer. Une femme qui raconte son parcours professionnel peut donner du courage à celle qui n’ose pas encore se lancer. Une femme qui raconte ses erreurs peut éviter à une autre de les reproduire. Une femme qui raconte comment elle s’est reconstruite peut donner de l’espoir à celle qui pense ne jamais y arriver. Votre histoire peut avoir une valeur que vous ne mesurez pas encore.
Vous pensez peut-être que votre vie n’est pas assez intéressante C’est l’une des premières choses que l’on pourrait se dire lorsqu’on nous demande de raconter notre vie.
« Je n’ai rien vécu d’exceptionnel. »
« Ma vie est trop banale. »
« Je ne suis pas célèbre. »
« Qui voudrait lire mon histoire ? »
Mais une histoire n’a pas besoin d’être extraordinaire pour être précieuse. Votre vie est composée de milliers de petits détails que vous avez peut-être complètement banalisés. Le premier endroit où vous êtes partie en vacances, la chanson que vous écoutiez adolescente, votre premier amour, la personne qui vous a le plus fait rire, le métier dont vous rêviez enfant, le livre qui vous a marquée, la recette que votre mère faisait toujours, la maison dans laquelle vous avez grandi, votre première grande déception, le jour où vous avez compris quelque chose sur vous-même.
Sur le moment, cela peut sembler insignifiant. Des années plus tard, cela peut devenir un trésor.
Je pense souvent à ma grand-mère
C’est quelque chose que je ressens particulièrement depuis que j’ai perdu ma grand-mère de façon très soudaine. Il y a tellement de choses que j’aurais aimé lui demander. On croit toujours avec beaucoup de temps devant nous mais quelles certitudes avons-nous ? Aucune.
J’aurais aimé savoir quel endroit elle aimait fréquenter lorsqu’elle était adolescente, quel était son film préféré, quel livre l’avait réellement marquée, quelle musique elle écoutait lorsqu’elle était jeune, à quoi ressemblait sa vie avant que je la connaisse, j’aurais aimé connaître ses rêves lorsqu’elle avait mon âge, ses plus grandes peurs, ses plus beaux souvenirs, les décisions qu’elle aurait prises différemment, les moments où elle s’était sentie particulièrement fière d’elle. Et surtout, j’aurais aimé lui demander : « Quelle est la leçon que tu aurais voulu me transmettre ? »
Aujourd’hui, certaines de ces réponses sont définitivement perdues et je dois vivre avec cette frustration. C’est probablement ce qui m’a fait comprendre quelque chose d’essentiel : on pense toujours qu’on aura le temps de demander plus tard, jusqu’au jour où il n’y a plus de « plus tard ». On pense toujours avoir beaucoup de temps devant nous mais quelles certitudes avons-nous ? Aucune.
Le temps passe beaucoup plus vite qu’on ne le pense, nous avons parfois l’impression que nos proches seront toujours là, que nous pourrons leur poser nos questions demain, que nous aurons le temps de prendre cette photo, d’enregistrer cette conversation, de demander cette anecdote, de connaître leur histoire. Mais les années passent, les enfants grandissent, les parents vieillissent, les grands-parents disparaissent et les souvenirs s'effacent.
Et avec eux, certaines histoires que personne n'a jamais pris le temps d’écrire, c’est pour cela que je trouve la transmission si importante. Parce qu'une histoire écrite peut survivre à celui ou celle qui l'a vécue.
Écrire son histoire, ce n’est pas seulement laisser une trace aux autres
On pourrait penser que raconter sa vie sert uniquement aux générations futures mais écrire sur soi peut également être une véritable démarche de développement personnel.
Prendre le temps de revenir sur son enfance, son adolescence, ses relations, ses choix et ses épreuves permet parfois de regarder son parcours avec un œil complètement différent. On réalise le chemin parcouru, on comprend certaines de nos réactions, on identifie des schémas, on redécouvre des moments que l'on avait oubliés, on peut mettre des mots sur des expériences difficiles et parfois, on réalise que la personne que l'on est aujourd'hui est beaucoup plus forte que celle que l'on était autrefois. Écrire son histoire, c'est aussi apprendre à se regarder avec davantage de recul.
Et si vous arrêtiez de minimiser votre propre parcours ?
Nous avons parfois beaucoup plus de compassion pour les histoires des autres que pour la nôtre. Nous trouvons magnifique le parcours d'une femme qui a surmonté une épreuve. Nous admirons une personne qui a changé de vie. Nous sommes touchées par les souvenirs d'une grand-mère. Mais lorsque nous regardons notre propre histoire, nous pensons :
« Ce n'est rien. »
« Tout le monde a vécu ça. »
« Je n'ai rien d'intéressant à raconter. »
Pourtant, votre histoire n'a pas besoin d'être unique pour être importante. Elle est unique parce que personne n'a vécu exactement les mêmes choses que vous, dans le même ordre, avec les mêmes personnes, au même âge, avec les mêmes émotions. Il n'existe qu'une seule version de votre histoire et elle mérite d'être conservée.
Les histoires des femmes sont aussi une forme d'héritage
Nous pensons souvent à l'héritage comme quelque chose de matériel : une maison, un bijou, des photographies, des objets, de l’argent. Mais il existe un autre type d'héritage, beaucoup plus intime : les souvenirs.
Parfois, quelques pages écrites valent davantage que des dizaines d’objets. Parce qu'un objet peut être remplacé, une histoire vécue, elle, ne peut jamais être reproduite.
Alors, pourquoi attendre ? Vous n'avez pas besoin d'attendre d'avoir 80 ans pour écrire votre histoire, vous pouvez commencer maintenant, vous pouvez écrire les souvenirs dont vous vous souvenez fraîchement.
Interroger votre mère.
Questionner votre grand-mère.
Demander à votre sœur de raconter son enfance.
Enregistrer la voix d'un proche.
Écrire vos propres réflexions.
Prendre des photographies.
Conserver des lettres.
Noter les petites anecdotes que vous ne voulez pas oublier.
Et surtout, poser les questions pendant que les personnes qui connaissent les réponses sont encore là. Parce qu'un jour, ces petites choses qui vous semblent ordinaires aujourd'hui pourraient être exactement celles que quelqu'un cherchera à connaître.
140 questions pour ne pas laisser une histoire disparaître
C'est exactement à partir de cette réflexion qu'est né Mémoires d'une femme, le livre de We Own Power. Je ne voulais pas créer un simple album photo ou un journal intime, je voulais créer un objet qui permette à une femme de raconter sa vie avec ses propres mots, de revenir sur son enfance, ses souvenirs, ses relations, ses choix, ses rêves et les différentes étapes de son parcours.
À travers 140 questions guidées, le livre accompagne celle qui l'écrit pour l'aider à retrouver des souvenirs, raconter ce qu'elle a vécu et transmettre ce qu'elle aimerait laisser derrière elle. Parce que parfois, on ne sait tout simplement pas par où commencer et une question suffit à faire remonter un souvenir que l'on pensait oublié.
Mémoires d'une femme peut être rempli pour soi, offert à sa mère, à sa grand-mère, à une sœur ou à une femme importante dans sa vie. Ce n'est pas seulement un livre, c’est une conversation qui peut continuer à exister lorsque la personne qui l'a écrite ne pourra plus la raconter elle-même.
Votre histoire mérite une place, les grandes histoires sont celles que l'on retrouve dans les livres d’Histoire. Mais il existe aussi les histoires que l'on retrouve dans les tiroirs de nos grands-mères, dans les albums de famille, dans les vieilles photographies et dans les souvenirs racontés autour d'une table. Elles ne feront peut-être jamais la une d'un journal, elles ne changeront peut-être pas le cours de l’Histoire mais elles peuvent changer la manière dont une personne comprend d'où elle vient. Et finalement, n'est-ce pas déjà immense ?
Alors racontez. Écrivez. Questionnez. Transmettez. Parce qu'une vie peut sembler ordinaire à celle qui la vit et devenir inestimable pour celle qui la découvrira des années plus tard. Votre histoire ne mérite pas d'être oubliée simplement parce que vous avez oublié de la raconter.
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À bientôt,
We Own Power.