Le féminisme pour les débutantes : comprendre les bases simplement
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Le mot « féminisme » peut parfois faire peur, diviser ou provoquer immédiatement des débats. Pour certaines personnes, il évoque simplement l'égalité entre les femmes et les hommes. Pour d'autres, il est associé à des mouvements, des revendications ou des discours voir même « extrême » qu'elles ne comprennent pas toujours.
Alors, concrètement : qu'est-ce que le féminisme ? Pourquoi existe-t-il encore ? Qu'a-t-il réellement changé ? Les hommes peuvent-ils être féministes ? Et pourquoi existe-t-il plusieurs féminismes ?
Je pense qu'avant d'avoir une opinion sur un sujet, il faut commencer par le comprendre. Alors revenons aux bases.
1. Le féminisme, c'est quoi exactement ?
Le féminisme est un ensemble de mouvements, d'idées et de luttes qui cherchent à mettre fin aux inégalités et aux discriminations fondées sur le sexe ou le genre, et à permettre aux femmes de disposer des mêmes droits, libertés et possibilités que les hommes.
Concrètement le féminisme part du constat que les femmes et les hommes n'ont pas toujours eu les mêmes droits ni les mêmes possibilités, et cherche à faire disparaître ces inégalités.
Le féminisme ne signifie donc pas :
- Que les femmes sont supérieures aux hommes
- Que les hommes sont tous mauvais
- Que les femmes doivent détester les hommes
- Que toutes les femmes doivent avoir la même vie
- Que les femmes doivent faire les mêmes choix
Le féminisme défend plutôt une idée fondamentale qu’une femme doit pouvoir choisir sa vie sans être limitée par le fait d'être une femme.
Choisir de travailler ou non. Choisir son métier. Choisir d'avoir des enfants ou non. Choisir de se marier ou non. Choisir sa manière de s’habiller. Choisir de diriger une entreprise. Choisir de vivre seule. Choisir d'être mère. Choisir de ne pas l'être.
Le féminisme veut donner aux femmes davantage de liberté.
2. Pourquoi le féminisme est-il né ?
Pour comprendre le féminisme, il faut se rappeler une chose essentielle : les droits dont les femmes disposent aujourd'hui n'ont pas toujours existé. Pendant des siècles, les femmes ont été juridiquement, politiquement et économiquement dépendantes des hommes dans de nombreux pays et sociétés. En France, l'histoire est particulièrement parlante.
- Les femmes n'ont obtenu le droit de vote qu'en 1944.
- Elles ont voté pour la première fois lors des élections municipales d'avril-mai 1945.
- Ce n'est qu'en 1965 qu'une femme mariée a pu exercer une profession et gérer ses biens plus librement sans avoir à obtenir l'autorisation de son mari.
- La contraception a été légalisée en 1967 avec la loi Neuwirth.
- L'IVG a été dépénalisée en 1975, grâce notamment au combat porté politiquement par Simone Veil.
- L'égalité professionnelle a ensuite été progressivement renforcée par différentes lois, notamment la loi Roudy de 1983.
Autrement dit, certaines de nos grands-mères ou arrière-grands-mères ont grandi dans une société où les droits des femmes étaient très différents de ceux que nous considérons aujourd'hui comme acquis.
3. La croissance du mouvement féministe
1. Obtenir des droits fondamentaux
À partir du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de nombreuses militantes se mobilisent autour de revendications fondamentales :
- Accès à l'éducation
- Droit de propriété
- Capacité juridique
- Droit au travail
- Droit de vote
- Participation à la vie politique
En France, des figures comme Olympe de Gouges ont participé à faire émerger une réflexion sur l'égalité politique des femmes dès la Révolution française. En 1791, elle publie notamment la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui revendique l'égalité des droits entre les sexes.
2. Le privé est politique
À partir des années 1960-1970, le mouvement féministe change d’échelle. Les féministes commencent également à questionner la vie quotidienne des femmes.
- Pourquoi les femmes réalisent-elles davantage de tâches domestiques ?
- Pourquoi la maternité est-elle considérée comme une évidence ?
- Pourquoi les femmes sont-elles davantage confrontées aux violences sexuelles ?
- Pourquoi leur corps est-il autant contrôlé ?
- Pourquoi leur sexualité est-elle jugée différemment de celle des hommes ?
- Pourquoi certaines professions sont-elles considérées comme « féminines » et d'autres comme « masculines » ?
C'est dans ce contexte que les mouvements féministes des années 1960-1970 prennent une importance considérable. En France, le Mouvement de libération des femmes (MLF) devient notamment un acteur majeur de cette période. Des figures comme Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi ou Simone Veil marquent profondément cette période, chacune dans des domaines différents.
Le slogan « le privé est politique » résume une idée importante : ce qui se passe dans la vie quotidienne n'est pas toujours uniquement une affaire individuelle.
La répartition des tâches, les violences conjugales, la maternité, la sexualité ou encore l'accès à la contraception peuvent aussi être influencés par des normes et des rapports sociaux.
3. Pourquoi avons-nous encore besoin du féminisme ?
C'est probablement l'une des questions les plus importantes. Il faut comprendre que l'égalité dans la loi ne signifie pas automatiquement avoir l'égalité dans la réalité. Une loi peut dire qu'une femme et un homme ont les mêmes droits mais dans la vie quotidienne, des différences peuvent encore exister. Les luttes sont encore nombreuses :
1. Les salaires.
En 2024, dans le secteur privé en France, le revenu salarial moyen des femmes était inférieur de 21,8 % à celui des hommes. En raisonnant à temps de travail identique en équivalent temps plein, l'écart était de 14 %. Pour un même emploi exercé dans le même établissement, l'écart se réduisait à 3,6 %.
Les écarts sont notamment liés au temps de travail, à la répartition des métiers, aux interruptions de carrière et à l'accès aux postes les mieux rémunérés. Mais justement c'est cela que l'éducation féministe permet de comprendre. Les inégalités ne se résument pas toujours à une discrimination directe et visible. Elles peuvent aussi être le résultat de mécanismes sociaux qui se reproduisent au fil du temps.
2. Les violences sexistes et sexuelles
Violences conjugales, agressions sexuelles, viols, harcèlement, violences psychologiques, cyberharcèlement, mutilations sexuelles… En 2023, les forces de sécurité ont enregistré 114 079 victimes de violences sexuelles, dont 85 % étaient des femmes. Le ministère chargé de l'Égalité indique également qu'en 2022, 86 % des victimes de violences conjugales enregistrées étaient des femmes.
3. Le consentement et l'éducation sexuelle
Le féminisme défend une idée simple : chaque personne doit pouvoir disposer librement de son corps. Le consentement doit être libre, éclairé et révocable.
Un « oui » obtenu sous pression n'est pas la même chose qu'un consentement libre. Et l'absence de « non » n'est pas nécessairement un « oui ».
4. La charge mentale et le travail domestique
- Qui pense à acheter les cadeaux ?
- Qui prend les rendez-vous médicaux des enfants ?
- Qui vérifie les stocks de nourriture ?
- Qui organise les vacances ?
- Qui pense à la lessive ?
- Qui anticipe les anniversaires ?
- Qui adapte son emploi du temps lorsqu'un enfant est malade ?
Il ne s'agit pas uniquement de savoir qui fait une tâche mais qui pense à ce qu'il faut faire, qui sacrifie son temps, qui fait passer les autres en priorité, qui s’oublie … C'est ce qu'on appelle notamment la charge mentale.
Et lorsque cette organisation repose principalement sur une personne dans un couple, cela peut créer une forme d'inégalité invisible. Le féminisme cherche donc aussi à rendre visible ce travail souvent non rémunéré et peu reconnu.
5. Le plafond de verre
Une autre notion importante est celle du **plafond de verre**. Il désigne les obstacles, souvent difficiles à identifier directement, qui peuvent limiter l'accès des femmes aux postes les plus élevés de certaines organisations.
Et les chiffres montrent que la progression n'est pas encore complète. En 2024, les femmes représentaient 42 % des postes salariés du privé en équivalent temps plein, mais seulement 24 % des 1 % des postes les mieux rémunérés.
Cela ne signifie pas que chaque femme qui n'accède pas à un poste de direction est victime de discrimination mais qu'à l'échelle collective, la répartition des positions de pouvoir et des revenus reste très genrée.
6. Les stéréotypes de genre : une lutte plus invisible
Le féminisme s'intéresse également à quelque chose de beaucoup plus subtil et difficile à cerner : les attentes que la société associe aux femmes et aux hommes.
Une fille serait naturellement : douce, sage, jolie, maternelle, empathique.
Un garçon serait naturellement : fort, ambitieux, courageux, dominant, compétitif.
Mais qui a décidé cela ? Que se passe-t-il lorsqu'une personne ne correspond pas à ces attentes ?
Une femme ambitieuse peut être qualifiée de « froide ».
Un homme sensible peut être considéré comme « faible ».
Une femme qui ne souhaite pas d'enfant peut être considérée comme « égoïste ».
Un homme qui souhaite prendre un congé parental peut être perçu comme moins investi professionnellement.
Le féminisme ne cherche donc pas uniquement à libérer les femmes. Il peut aussi contribuer à libérer les hommes des injonctions liées à la masculinité et lutter contre cette société patriarcale.
D’ailleurs savez-vous ce que signifie « patriarcat » ? Il désigne un système social dans lequel les hommes occupent historiquement une position dominante dans de nombreuses structures de pouvoir, tandis que les femmes sont structurellement désavantagées.
Cela ne signifie pas que tous les hommes dominent volontairement toutes les femmes mais plutôt des structures sociales, économiques, politiques et culturelles qui favorise « naturellement » le fait d’être un homme.
4. Alors … les hommes peuvent-ils être féministes ?
Oui, oui et encore OUI. Un homme peut parfaitement être féministe. Être féministe ne signifie pas être une femme. Cela signifie soutenir le principe d'égalité entre les sexes et participer à la lutte contre les discriminations et les violences sexistes.
Un homme féministe peut par exemple :
- Remettre en question les comportements sexistes
- Respecter le consentement
- Partager équitablement les tâches domestiques
- Soutenir sa partenaire dans sa carrière
- Prendre au sérieux les témoignages de violences
- Intervenir lorsqu'il entend une remarque sexiste
- Eduquer ses enfants dans une logique d'égalité
- Accepter de questionner ses propres comportements
Les inégalités entre les sexes concernent toute la société. Les hommes vivent eux aussi dans une société qui leur attribue des rôles et des attentes. Le féminisme peut donc aussi permettre aux hommes de se débarrasser de certaines injonctions : devoir être constamment fort, ne pas montrer ses émotions, toujours gagner davantage, ne jamais demander de l'aide, devoir être le seul protecteur ou pourvoyeur économique du foyer.
L'égalité n'est pas une guerre entre deux équipes. C'est une transformation collective.
5. Les types de féminismes
C'est une autre chose importante à comprendre lorsqu'on découvre le féminisme : il n'existe pas un seul féminisme. Les mouvements féministes ont des histoires, des analyses et des priorités différentes.
1. Le féminisme libéral
Il met notamment l'accent sur l'égalité des droits et des opportunités. Son objectif est de permettre aux femmes d'avoir les mêmes possibilités que les hommes dans l'éducation, le travail, la politique ou la vie sociale.
2. Le féminisme radical
Il analyse plus profondément les rapports de pouvoir entre les sexes et considère que les structures sociales et patriarcales participent à la reproduction des inégalités.
3. Le féminisme marxiste et socialiste
Il analyse les liens entre inégalités de genre et organisation économique. Il s'intéresse notamment au travail domestique, au travail reproductif, à la dépendance économique et aux rapports entre capitalisme et domination.
4. Le féminisme intersectionnel
L'intersectionnalité permet de comprendre que les expériences des femmes ne sont pas toutes identiques. Une femme peut être confrontée à des discriminations liées à son sexe, mais aussi à sa classe sociale, son origine, son handicap, son orientation sexuelle ou d'autres caractéristiques sociales.
5. L'écoféminisme
L'écoféminisme rapproche les questions féministes et environnementales. Il interroge notamment les liens entre domination des femmes, exploitation des ressources naturelles et modèles économiques ou sociaux.
6. Le féminisme matérialiste
Il analyse les rapports de pouvoir entre les sexes à partir notamment des conditions matérielles d'existence : travail, famille, division sexuelle du travail, dépendance économique et répartition des tâches.
Évidemment il n’y a pas besoin de faire un choix entre ces types de féminisme, on peut appartenir à toutes ces causes ! Le féminisme n'est pas une pensée unique.
Le patriarcat désigne un système social dans lequel les hommes occupent historiquement une position dominante dans de nombreuses structures de pouvoir, tandis que les femmes sont structurellement désavantagées.
Chez We Own Power, nous croyons au pouvoir des femmes
Le féminisme n’est pas seulement un sujet dont on parle le 8 mars. C’est une réflexion sur notre histoire, nos droits, notre place dans la société, notre indépendance et notre liberté de choisir la vie que nous voulons réellement mener.
Chez We Own Power, nous avons créé un espace pour informer, questionner, inspirer et surtout donner la parole aux femmes. C’est notamment le rôle de notre podcast La Parole des Femmes, disponible sur Spotify, dans lequel nous abordons des sujets très différents : santé mentale, entrepreneuriat, violences, sexualité, grossesse, famille, discrimination, harcèlement, rapport au corps, foi et bien d’autres sujets qui concernent directement ou indirectement la vie des femmes.
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